« Nejma » est née à Tanger sous le signe de Kateb Yacine et du Petit Prince.
La nouvelle revue littéraire trimestrielle qui vient de voir le jour à Tanger est d’abord un hymne à cette ville : « Ecrire, faire écrire, tracer le mot, dans la terre, à Tanger – sur cette terre que le mythe dit première. Entendre, faire entendre ces voix perdues dans les vents des deux mers, ceux tenaces d’une légende qui s’essouffle, celui tourbillonnant, enivrant, de la réalité. Ainsi naît Nejma – l’étoile – , nouvelle étoile dans le ciel du Détroit, astre de papier qui rassemble les Hommes, assemble les mots, marie les langues, les influences, les civilisations, dans un mouchoir de poche, Babel féconde et discrète, fenêtre sur l’échange, creuset d’une culture unique, plurielle plus que nulle part ailleurs : Tanger en réveil, qui tant mérite que lui soit dédié le Verbe ». Son coordinateur, Simon-Pierre Hamelin, la dédie à la littérature, à la photo, ou à « toute autre forme d’art pouvant trouver place sur le format de l’étoile ». L’étoile ? « Parce que dans toutes les civilisations c’est quelque chose de positif. C’est une référence évidente à Kateb Yacine et surtout à Saint-Exupéry ».
Au sein de cette étoile, une rencontre entre des auteurs confirmés et amateurs, d’ici ou d’ailleurs mais qui tous écrivent sur le Maroc. La seule ligne directrice est l’ouverture, destinée à offrir un espace d’expression aux écrivains et à servir de “révélateur”. Ce premier numéro rassemble surtout des nouvelles, ponctuées par les très belles photos de Abdelmohcine Nakari, de Pierre Boussel et les dessins à l’encre de Mohamed Mrabet. Les textes sont variés : une très belle nouvelle de Abdellah Taïa, “Lila”, forte et iconoclaste, un souvenir de Mohamed Mrabet rapporté par Eric Valentin, au titre ironique de “Rabbit”, des étincelles jaillies des lieux, comme “Tangerine” de Natacha de Pontcharra, ou “Los Navigantes” de Nicole de Pontcharra. Commémorative, la nouvelle-oraison d’Ornella Tommasi, “D’ici à l’éternité”, figurant en italien et en français ; inquisitrice, celle de Mohamed El Halim, “Ton Frère Bachir”; larmoyante et moralisatrice celle d’Amine Lagssir “Le Silence des Anges”, ; interrogations de Joshka Schidlow “Tanger, Ville éternelle mais jusqu’à quand ?”
A l’avenir, la revue envisage de s’ouvrir à la critique, à des études, à la poésie, pour « aller jusqu’au bout de l’acte d’occupation de l’espace sur la feuille blanche », explique Simon-Pierre Hamelin. Des thématiques vont se dégager, comme la frontière ou les arts plastiques. Et surtout, “Nejma” va s’ouvrir à différentes langues : arabe, anglais, allemand, amazigh, italien, espagnol…
Suite en décembre…
Le Journal Hebdo, octobre 2006
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